Boucan interne, tapage externe.

Le matin, fabuleux moment.


7:45

Le « bip bip » incessant du téléphone me sort de mon cauchemar, le même qu’hier où je saute d’un toit avec un lapin entre les bras et où l’on finit tous les deux face contre sol. Intéressant. Il est déjà putain de difficile de se réveiller mais alors avec pour dernière image son propre corps qui baigne dans une marre de sang près d’un lapin en miettes… J’aurais aimé être ce genre de personne qui dès son réveil rêverait de continuer à faire l’amour doucement à ses draps. Ceux-là même qui passent des nuits agréables à baver sur leurs oreillers, entourés d’un cocon formé par la couette.

8:20
Bien entendu j’ai du retard. Et pas qu’un peu. Tant pis ?
Vous ne savez pas où je dois aller de si bon matin. Et bien sachez que moi non plus. Et j’en ai rien à foutre. Je garde le rythme c’est tout, histoire d’avoir un semblant d’emploi du temps.
Alors ma pensée embrouillée accompagne mon corps fatigué vers le miroir pour la tentative numéro 12 605 d’effacement des années de sommeil perdues. Mariage de l’anti-cerne et du fond de teint, avec pour témoins le mascara. Résultat dégueulasse et futur divorce du mascara à cause d’un torrent de larmes que je verserai derrière un mur ou d’un bâillement idiot devant un mauvais film. C’est nul les mariages de toutes façons.

9:07
Retard ultime. Retard total. Le téléphone sonne. Tu crois vraiment que je vais te décrocher ? Aha. (c)Rêve. Je vais poser mon cul deux minutes sur une chaise, ça m’évitera de penser à ma mine absurde et ma face blafarde. Continue de sonner va. J’ai bien fait de choisir une sonnerie douce.
Je vais poser ma tête deux secondes sur le coin de la table et me laisser bercer par le téléphone. Oui. Voilà. Me laisser bercer. Le regard dans le vide je me dis que je devrais sincèrement penser à me bouger, à m’habiller, à partir, à oser et à dire oui.
Mais que neni.
Je ferme les yeux et je débite une liste de mots par ordre alphabétique. C’est mon nouveau système contre l’angoisse.
Agonie Babiole Cachemire Délicat Envie Fable Galerie Hisser Isoler Jour K … K … Oui bon j’abandonne souvent après le K. Oui, mon système à une faille. Ou alors c’est notre alphabet ? Ou peut-être n’ai-je tout simplement pas assez de vocabulaire pour m’apaiser via ce système tout con. Serais-je idiote ?
Bravo mademoiselle, vous venez d’installer dans chacune de vos veines une énorme dose d’inconfort.

9:56
Ca y est, je crois que je ne suis plus seule dans ma caboche. Des personnes s’y invitent encore et encore mettant les autres occupants dans un embarras incroyable et dans une gène physique carrément ingérable. Le manque d’espace tu comprends ? Voilà mon crâne qui ne demande qu’à exploser. Faut croire que ma tête n’est qu’un foutu squat à l’abandon.
C’est fou mais je ne connais aucune de ces personnes errant ici ou là dans mon cerveau. Je ne sais même pas si ce vacarme vient réellement de ma tête ou si je suis là endormie paisiblement sur le coin de ma table avec ce con de voisin qui fait encore des travaux en hurlant à Marcelle, sa femme bien-aimée, si elle peut lui passer le Coca et le tournevis jaune près de l’évier. Je t’en supplie Marcelle, passe-lui le Coca et le tournevis jaune qu’on en finisse avec cette perceuse.

10:18
J’ai parcouru plus de 10km de bruit, faut croire que Marcelle n’a jamais retrouvé le Coca et le tournevis jaune. Gros mal de crâne. Deuxième réveil difficile en une seule et même matinée. Si c’est pas un exploit ça ma bonne dame !
Ces deux réveils passés, je me sens désormais l’âme d’un puissant aventurier. Je me bats contre mon quotidien quand d’autres s’en accommodent sans broncher. Oui. Voilà. Je suis une super-héroïne. Ou une super-vilaine, mais ça c’est moins évident à assumer. J’ai un peu le melon de me dire super-héroïne mais loin de moi l’idée de cracher sur les gens « normaux » que vous êtes tous, ces « Moldus » qui m’entourent, vous, gens de fade saveur, l’ennui dans lequel vous me plongez m’agace au plus au point. Moi, super-héroïne, s’en va prendre deux cachetons de codéine pour m’apaiser, pour pouvoir vous supporter.

10:30
J’ai déposé un tournevis vert devant la porte des voisins et une bouteille de Sprite. J’ai tout faux mais c’est l’intention qui compte non ?
La codéine fait son petit effet et le canapé me fait les yeux doux. Je m’en vais me recoucher. C’est pas bien grave de rater encore une journée. Tristitude.

Snow Motion.

Alors la voilà cette fameuse période. LA période où les journaux télévisés et tous les gens des internets redécouvrent l’existence de l’hiver et de son éternelle complice : la putain de sa race de neige.

Sans blague ?!

Rares sont les gens qui haïssent la neige. Ou alors ils la haïssent pour un court instant (quand les pneus et les chaussures glissent sur le sol, quand ton bus ne passera pas et autres petits désagréments quotidiens …). Parce que bon, la neige pour beaucoup d’entre vous se ramène gentiment sur les toits pour accueillir le Père-Noël et la nouvelle année (enfin cette année, si on crève pas le 21 décembre hein). Bien entendu elle rajoute à ça les trucs chouettes qu’on trouve dans toutes les bonnes comédies romantiques : de belles promesses, des cadeaux, la famille, des repas copieux, de l’alcool à flot, des bisous tendres sous quelques flocons timides, des skis sous les pieds, les joues rougies par une bataille de boules de neige … etc etc etc etc.
Alors sachez que je hais la neige. Là je l’écris en minuscules mais j’aurai préféré vous le hurler en lettres capitales (je pense le faire d’ici la fin de cet article mal écrit voir un peu avant style là bientôt tout de suite tu vois).

« NOOAAAN PAS LA NEIGE PUTAIN ! »

Alors pourquoi tant de haine envers ce phénomène magique qu’est la neige ? Pourquoi je ne trouve aucune once d’espoir ni de magie ni de bonheur en voyant les flocons tomber ? Serais-je une connasse avec un coeur en pierre ? Est-ce une maladie ? Tant de questions de merde qui se bouscule dans vos têtes (et surtout dans la mienne). Tant de questions qui méritent certainement pas des réponses.
ALORS C’EST PARTI MON KIKI.

 L’hiver. Quelle merde : il fait froid, il fait nuit très tôt, et manger de la glace n’est possible qu’en face de ton radiateur que tu auras baptisé « Juanito » ou « Nikos » pour te rappeler que le soleil et la chaleur existent dans ce triste monde. Pourquoi diable cette saison existe, et surtout pourquoi de la neige ?! Si encore on pouvait avoir le même rythme de vie passionnant qu’un écureuil et donc se permettre, sans culpabilité aucune, d’aller pioncer dès fin novembre et ne se réveiller qu’à la mi-mars. Même pas ! On subit. On râle. On chiale. On voit les psys et les médecins. On a le nez qui coule (ou pire, qui se bouche). En deux mots : un enfer. Même dans Mario Bros la neige et le froid sont emmerdant. C’EST DIRE LE DÉLIRE
Je sais très bien que beaucoup crachent sur l’hiver, mais parmi ceux-là, certains aiment la neige. Non, pardon : ils l’adooorent. Ils l’attendent comme la Sainte-Vierge. Comme si cette connasse (la neige, pas la Sainte-Vierge) adoucirait l’effet dégueulasse qu’a l’hiver sur nous.

La dépression hivernale accentuée par la tombée de flocons de mes deux. 

Alors quoi ? Deux-trois grains de cocaïne glacée vous tombent sur la gueule et vous êtes contents ? POURQUOI ? J’ai écrit cocaïne et je me demande si le souci n’est pas là. Est-ce que les scientifiques nous cacheraient depuis des siècles que la neige ne serait en fait que de la coke produite par les nuages ? Franchement, ça expliquerait beaucoup de comportements débiles que j’ai pu observer lorsque cette connasse (oui la neige, c’est bien tu suis mon kiki !) débarque. Entre ceux qui font des anges (moches soit dit en passant) dans la neige fraîchement tombée, ceux qui se la balancent dans la tête (je hais ce jeu de merde), ceux qui parle de son arrivée sur le Twitter ou le Facebook, ceux qui s’extasient chaque fois en la voyant comme devant un nouveau né, ceux qui font des bonhommes de neige pas très avenants, sans oublier ceux qui tirent la langue pour en choper dans la bouche (cocaïne ? ecstasy ? hostie chrétienne ? attention aux effets indésirables !), et j’en passe et des meilleurs … Vous êtes fous. Point barre.

GNIHIHI SO MUCH COCAINE !

Vous devez me prendre pour une bien triste fille. Et bien vous avez tort ! Je m’explique. Je suis née et ai vécu jusqu’à mes 19 ans sur une île tropicale là où la neige n’était que fantasme. A cette époque je l’aimais bien. Je secouais des boules de verre (esprits pervers je t’ai vu) avec de la fausse neige dedans, ma marraine avait un sapin blanc en plastique (le LOL puissant sur une île dans l’hémisphère sud), je trouvais ça formidable et fascinant de voir que les gens pouvaient être à la fois agacés et enchantés par ce phénomène immaculé … Je me demandais devant ma télé : « est-ce qu’un jour je verrai la neige ? « .

PUTAIN SI J’AVAIS SU !

Pour moi les fêtes se faisaient donc autour d’un sapin blanc en plastique et/ou d’un palmier dans un jardin ensoleillé. Ou mieux : sur la plage autour d’un barbecue. Parce que chez moi pendant les fêtes il fait (très) chaud. Il neigerait en plein été que déjà je le prendrai moins mal, croyez-moi … J’ai vu de la neige dès ma première année en Métropole. Aucun sentiment de bien-être. J’ai trouvé ça assez laid. J’étais blasée. Jusque là rien de folichon. Puis est venu ce jour terrible où cette connasse (toujours la neige oui) a bloqué mon avion. Avion qui devait partir pour la Réunion où je devais justement rire face à un sapin blanc en plastique. BON, j’ai pu me la péter devant mon sapin blanc en plastique, mais j’étais bien dégoûtée face à cet amas blanchâtre qui me faisait perdre mon temps si précieux dans un aéroport. Comme si j’en perdais déjà pas assez dans l’avion ! C’est donc derrière une vitre de l’Hôtel Hilton proche de l’aéroport d’Orly que ma haine pour la neige prit forme.

Delphine, 22 ans, n’aime pas la neige.

 Je n’ai jamais autant chialé (ouais okay j’exagère là). C’est aussi la première fois où je me suis demandée ce que je foutais en Métropole et pourquoi tant de discrimination météorologique. Dans mon petit malheur j’ai cette chance incroyable : dans le Morbihan il neige peu. Si peu que les gens ici fantasment autant qu’une personne dans les DOM-TOM de la voir un jour. Si, si, sans rire, je déconne pas.
Enfin bref. Voilà. Bien heureusement qu’il y a du bon dans cette connerie de flocons blancs et de saison glaciale. Y a tous ces petits trucs pleins de chaleur que tu fais chez toi. Comme boire un chocolat chaud, ou un thé. Boire de la soupe dans un grand bol. Regarder le feu crépiter dans une cheminée si t’en as une. Regarder la neige par la fenêtre et l’insulter comme bon te semble. Faire l’amour à ton radiateur (ou faire l’amour tout court). Jouer au papillon dans son cocon avec l’aide de ta tendre et chère couette. Acheter des bonnets, des collants et des manteaux de couleurs (le noir et le gris c’est pour les lopettes). Prendre ton chat/chien comme bouillotte dans le lit. Hiberner jusqu’à un certain point quoi.

Mais dans mon petit coeur de fille des îles, les fêtes seront toujours synonymes d’arbres rougeoyants, de ciel bleu, de sable chaud sous les pieds, et de soleil qui mord la peau dès le réveil. Alors pardonnez cette haine hivernale. Je vous embrasse. Je vous souhaite de très bonnes fêtes. COEURS DANS VOS TÊTES ET FLAMBOYANTS DANS VOS YEUX. 

Petite info inutile : J’ai vu la neige une fois à l’île de la Réunion, en octobre 2006, tout près du volcan qui était d’ailleurs en éruption. Bonjour le paradoxe ! Parait que ça arrive une fois tous les cinquante ans, alors c’était génial, c’était joli, c’était dans les journaux et tout le tintouin. Ça a duré un soir, et puis voilà. C’était beau et improbable.