Où est Charlie ?

, Hey.
Moi c’est Charlie. Mon prénom peut porter à confusion, mais je suis une nana. Une paire de seins qui tient dans tes mains et un vagin loin de tes reins. Voilà. J’ai tendance à être vulgaire et puissamment froide mais peu m’importe. Faut savoir que la Delphine est gentille, un peu coincée, et tellement naïve (le mot qu’on utilise tous pour ne pas dire « conne » m’voyez) qu’il fallait que je m’invite dans sa petite tête. Tu penses de suite à de la schizophrénie ?
Vois ça comme tu veux.

   Pourquoi suis-je coincée dans cette caboche infernale ? Bonne question. Cette fille a le mérite d’être certes très gentille, mais elle se balade avec un énorme cactus coincé au fond de son croupion. Crois-moi, ça fait mal d’être 1) coincée, 2) avec des épines dans l’anus. Sans moi, cette cruche passerait son temps à allumer des cierges dans les églises en pleurant sur son sort (sort pas si dégueux soit dit en passant) au lieu d’allumer des mecs dans le peu de soirées où elle pose les pieds.

Je la revois au collège, un petit peu sûre d’elle, les yeux dégoulinant de crayon noir trop gras et s’attachant ici et là de quelques phénomènes de son âge. Rien, vraiment rien, ne présageait ma venue quasi constante dans sa vie. Elle vivotait tranquillement et répondait à toutes les emmerdes de la vie par des « Et alors ? » insolents et des sourires métalliques cachés derrière une main couverte d’une mitaine dégueulasse. Elle garde d’ailleurs ce réflexe étrange : barrer son sourire derrière une main, comme si son appareil dentaire réapparaissait à chaque début de fou rire.  Elle est difficile à apprivoiser. Le genre à ne jamais dire merci aux compliments parce qu’elle n’y croit pas. Je m’en contre-carre. La plupart du temps j’y crois pour deux. Puis j’ai beau être grossière, faut pas déconner sur la politesse. Elle a appris à dire merci, comme tout le monde.

  Et là tu te demandes peut-être pas du tout pourquoi je suis restée. J’aurai pu me casser, l’abandonner, la laisser dans sa merde. Oui. Mais. Non. On s’attache à ce genre de personne. Ouais, on peut aussi très vite s’en lasser, tu as raison lecteur. Mais j’ai eu envie de la changer. De la bousculer. De l’emmerder. De la tirer de sa zone de confort.

Me voilà donc, Charlie, une fille, un regard froid, de la sensualité au bout de chaque doigt et une répartie alliant finesse et méchanceté.

  Je n’étais pas souvent présente. Juste quand untel venait lui cracher des mots sur son style ou sa présence. Ou alors vite fait lorsqu’elle n’avait pas lu le poème de Beaudelaire de la page 54 de son édition d’occasion et que le professeur l’avait pointé du doigt pour une analyse d’au moins 3 phrases. Elle perdait pas pied la Delphine lorsque je lui marmonnais des phrases bien tournées pour parler de la tristesse de Charles dans ce poème sans même qu’elle l’ait lu. Bon, faut dire qu’avec Charles et ses Fleurs du Mal , aucune difficulté apparente : monsieur était triste à peu près 90% du temps, ou bourré, ou drogué. Parfois même les trois ! Ah. Ce bon vieux Charles. Le premier a avoir mis des mots sur sa peine. Malheureusement, pas le dernier.

Delphine, ma douce Delphine.

  Elle souriait tristement à son miroir, mais elle savait que ça irait ! J’avais fini par la laisser souffler. J’ai lâché sa main, j’ai baissé la garde. Delphine n’allait ni mal ni bien.
On a décidé ensemble de lui construire une carapace. Un truc ni trop solide ni trop friable. Alors depuis, elle vit avec un plâtre autour du coeur. Elle le signe tous les jours avec des mots doux, des petits dessins, elle y laisse même la marque de ses lèvres maquillées. Des fois je la surprend en train de le gratter avec le bout de son crayon, tentant de l’émietter. La voie de la guérison je pense.

Prenez soin de vous bande de connards.
Charlie .

Ps : bien évidemment ces montages sont affreux, mais HEY, je t’emmerde !

Le Lui Imaginaire #1

   Tout d’abord j’aimerai vous expliquer un truc bête concernant cette rubrique « Le Lui Imaginaire ». J’ai cette fâcheuse tendance à me faire des films pour me rassurer, pour m’évader et autres conneries de fille paniquée, paranoïaque et stupide que je suis. Concrètement, je m’assois face à un miroir et je m’imagine avec ce Lui Imaginaire. Il n’a ni prénom ni identité précise, il change d’apparence selon mes envies. Des fois il arrive même que ça soit une fille (ou dans le pire des cas un animal qui parle). Mais pour être franche, bien souvent c’est un très beau garçon hein.
Cette histoire fictive a débuté un peu après le CM1. J’ai toujours trouvé ça difficile les relations humaines même étant gamine. J’étais soit trop excessive, soit pas assez démonstrative ce qui compliquait grandement mon rapport aux autres. D’où mon besoin d’être autre part avec quelqu’un d’autre qui m’engueulait si besoin, me réconfortait, ou m’aimait tout simplement. Alors ouais, ça reviendrait à faire de moi une schizophrène puisque ce Lui Imaginaire c’est une partie de moi-même, mais ça va, je le vis bien vous savez. Je vous laisse tranquillement lire le numéro 1 de mes dialogues et ballades avec Lui Imaginaire. Bonne journée, soirée, nuit. Des bisous. 

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Là, entourés de sable et d’arbres morts. Un peu de vent chaud sur les joues. Des coups de pieds dans le sable. Histoire de les aveugler tous les deux, de les faire tousser, de sentir leurs yeux qui piquent et qui grattent. Se sentir un peu vivants quoi.
D’elle émane beaucoup de contrariété. Lui ne veut pas se contenter d’observer, lui il veut comprendre.

  C’est ainsi que débute une dispute insensée. 

– Mens pas, t’as replongé.

 Non. 

Le « non » froid, le « non » qui pue le mensonge. Le « non » qui se veut « oui ».

– Tu mens très mal. Trop mal. Tes yeux pleurent, tes veines veulent exploser et j’entends ton cœur battre même lorsque je ne suis pas dans la même pièce. Tu as replongé.

Elle s’assied par terre, salissant son jupon blanc. Sa bouche est sèche, ses lèvres ont été blessées par sa culpabilité. Bien entendu qu’elle avait replongé.

– Replonger dans le doute ..? N’importe quoi. Je n’ai pas replongé. Non. Non …

– Alors … Alors qu’est-ce qu’il y a ? Dis-le moi.

Elle ne répond pas. Il s’impatiente.

– Me laisse pas comme ça. Parle. Dis-moi tout. 

Une brise légère. Une mèche vient aveugler la jolie coupable. Elle l’éloigne de ses yeux noisettes et soupire.

– C’est pas le doute. C’est … autre chose. Une bêtise. Tu te souviens de la petite boîte en métal que je trimbalais partout et que j’osais pas ouvrir ?

– Oui, vaguement.

– J’y avais enfermé ma confiance. Et je l’ai balancé dans la mer hier. C’est fini. C’est tout. Adieu aux étoiles dans mes yeux. Adieu à mes éclats de rire que l’on ramassait par terre. C’est fini.

La reverra-t-il un jour sourire ?

Une petite boîte pleine de confiance se noie dans d’énormes vagues salées.

Le jeu est fini. Avec un peu de chance, la mer lui ramènera sa boîte. « Ou on a la retrouvera sur une autre plage » , c’est ce que lui se dit. Parce que lui il est plein d’espoir.