Emo. Ado.

J’étais jeune. Seize ans. Tout au plus dix-huit. J’écrivais des chansons en anglais. Des trucs un peu mielleux et bourrés de métaphores. Avec des rails d’espoir aussi mince que des lignes de cocaïne. Des machins avec des you, des I, et des us en perdition. Un bordel monstrueux de personnes qui ne se croisaient qu’une fois et qui s’abandonnaient souvent. Des chansons tristes sur des notes pop.

J’aimais les chanter en sautillant dans les couloirs de l’appartement de mes parents quand ils n’étaient pas là. Le genre de pulsions bêtes poussées par des litres de jus d’orange engloutis (ou d’alcool, mais soyons francs, je ne bois jamais seule … et je vous mens à l’instant en riant). Coursant mon ombre dans les recoins de ma chambre, mes cordes vocales brulant de mauvaises notes, je me prenais pour une starlette en devenir.

Puis venait ce moment critique où j’allais parfois m’étaler sur le balcon, les yeux rivés sur la mer. Le corps alourdi par tant de folie j’imaginais toujours le pire. J’imaginais que le you, le I, le us que je chantais auparavant allaient finir engloutis sous une vague énorme. Le souffle coupé, les yeux embués. Les corps bousculés, des troncs d’arbre dans la gueule, des pans de mur dans les côtes, de la flotte se mélangeant subtilement au liquide qui entoure leur cerveau, les engloutissant dans un néant dont ils ne sortiront pas vivants. Pas de survie ici.

It’s a kind of drama story. You were sure to be mine. But there’s a God overhead who really doesn’t care. You’re making love with Death they said. « Bye » with a strange voice. « Bye ». Water there. Water here. Immersed in a strange strange world. Making love with the Death.

Faut croire que y a des exceptions concernant la noyade hein.
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Parler du beau Temps.

  •  Aujourd’hui je vous parle du Temps. Ce beau jeune homme derrière qui je passe ma vie à courir.

Il me prend souvent des envies à la con (comme d’avoir commencer ce blog par exemple, ou m’être inscrite sur AdoptUnMec, ou encore d’avoir déménager en Bretagne …), notamment celle de marcher sans but précis, d’errer. Puis, de vouloir m’arrêter subitement peu importe le lieu ou l’heure qu’il est. Juste de m’arrêter.
Lorsque je m’arrête, j’observe cet homme là-bas. Il est toujours là lorsque je m’arrête. Toujours là pour me rappeler qu’il faut repartir, bouger, se presser. Mais jamais, oh grand jamais, je ne lui ai parlé.

Il est là. Il se pavane dans sa belle chemise blanche. Il a un beau sourire qui ferait craquer toutes les minettes canons des séries télés. Il me provoque en me lançant quelques clins d’oeil. J’ai envie de le détester, mais je ne peux pas. Il a dans les yeux les mêmes étoiles que l’on retrouve dans ceux des enfants un jour de fête. Il me rend dingue. J’ai envie de lui parler. D’entendre sa voix. Alors je prend mon courage à deux mains et m’avance lentement vers lui. J’ai l’impression d’être en chasse, je sens que ma proie peut s’en aller à tout moment. Je la joue fine, je souris gentiment, un petit signe de la main, et hop, je lui fais face.

– Quel est ton prénom ?
Pourquoi ?
– Je te soupçonne de me suivre. Chaque fois que je m’arrête, tu es là.
Et qui me dit que ce n’est pas toi qui me suis ?
– Pardon ?!

Once d’incompréhension. Dialogue de sourds. Je me répète.

– Quel est ton prénom bordel de merde ?
On peut m’appeler Futur, Passé, ou Présent. Mais beaucoup de gens m’appellent le Temps. C’est assez moche comme nom, je le conçois. Mais je crois que je le vis plutôt bien.

Il lève un sourcil, fait disparaître son sourire, il soupire.
Et subitement, le Temps se met à courir. Comme ça, sans prévenir ! Idiote que je suis (et fortement attirée par ce Mr Temps), je lui cours après. Il faut que je le chope ce saligaud gentil garçon ! Il est bien trop mystérieux pour que je le laisse filer comme ça.
Il s’essouffle près d’un arbre, il me tire la langue et court à nouveau dans un grand éclat de rire. Il semble que le Temps soit complètement timbré. Mais ça me plait. Ça me plait qu’il puisse s’amuser avec moi et uniquement moi. C’est un luxe de pouvoir jouer avec le Temps, non ? Puis ça me fera faire du sport de lui courir après. J’ai envie de comprendre pourquoi il ne m’attend jamais. Et … pour tout vous avouer : j’ai envie de lui faire l’amour. J’ai envie de faire l’amour au Temps.

Mr Temps & moi
Le Temps (qui a prit ici l’apparence de Joseph Gordon-Levitt) et moi. Tu comprends maintenant mon envie de lui faire des bébés.
 J’ai envie de le sentir près de moi. Qu’il s’accroche à mes jambes, qu’il les rende lourdes, qu’il les caresse. Que pour une fois il soit là, à m’attendre (dans mon lit). Qu’il me dise des mots doux en ralentissant son impact sur ma vie et sur mon corps. Parce que j’ai peur. Peur que tout aille trop vite, que je ne me presse pour rien, que des rides viennent s’abattre sur les coins de mes yeux … Alors oui, j’ai envie de poser mes lèvres dans le cou du Temps. De lui dire d’arrêter de me fuir comme ça. De ralentir la cadence, tu vois ?
Je l’inviterai au restaurant. Il se posera enfin. Il se rendra compte qu’il n’a pas besoin de courir.
Pitt, ou le Temps qui s'entraîne
Le secret du Temps (ici représenté par Brad Pitt) : s’entraîner en salle. Tu m’étonnes qu’on ait du mal à le rattraper ce connard.

 

Mais comme je suis du genre à voir le verre toujours plus que vide, j’imagine que le Temps finira par me larguer. Il se lassera de moi, de mes baisers, de mon corps chaud dans le lit. Il s’ennuiera de marcher avec moi. Il me trouvera lente et moins jolie.
Un jour, ou plutôt une nuit, il se lèvera sans bruit et il partira. Comme ça, en pyjama ! Pour de nouveau courir et sentir le vent jouer dans ses cheveux.
Je le reverrai hein. Seulement si je m’arrête. On se fera des coucous timides, avec des sourires tristes. Je lui en voudrai d’être parti comme ça, et lui aussi s’en voudra. Enfin, c’est lui le plus à plaindre : seul, exigeant, et toujours pressé.
Finalement on reprendra la course, parce qu’on a pas vraiment le Choix. D’ailleurs, vous croyez que le Choix est célibataire ?