Emo. Ado.

J’étais jeune. Seize ans. Tout au plus dix-huit. J’écrivais des chansons en anglais. Des trucs un peu mielleux et bourrés de métaphores. Avec des rails d’espoir aussi mince que des lignes de cocaïne. Des machins avec des you, des I, et des us en perdition. Un bordel monstrueux de personnes qui ne se croisaient qu’une fois et qui s’abandonnaient souvent. Des chansons tristes sur des notes pop.

J’aimais les chanter en sautillant dans les couloirs de l’appartement de mes parents quand ils n’étaient pas là. Le genre de pulsions bêtes poussées par des litres de jus d’orange engloutis (ou d’alcool, mais soyons francs, je ne bois jamais seule … et je vous mens à l’instant en riant). Coursant mon ombre dans les recoins de ma chambre, mes cordes vocales brulant de mauvaises notes, je me prenais pour une starlette en devenir.

Puis venait ce moment critique où j’allais parfois m’étaler sur le balcon, les yeux rivés sur la mer. Le corps alourdi par tant de folie j’imaginais toujours le pire. J’imaginais que le you, le I, le us que je chantais auparavant allaient finir engloutis sous une vague énorme. Le souffle coupé, les yeux embués. Les corps bousculés, des troncs d’arbre dans la gueule, des pans de mur dans les côtes, de la flotte se mélangeant subtilement au liquide qui entoure leur cerveau, les engloutissant dans un néant dont ils ne sortiront pas vivants. Pas de survie ici.

It’s a kind of drama story. You were sure to be mine. But there’s a God overhead who really doesn’t care. You’re making love with Death they said. "Bye" with a strange voice. "Bye". Water there. Water here. Immersed in a strange strange world. Making love with the Death.

Faut croire que y a des exceptions concernant la noyade hein.

Boucan interne, tapage externe.

Le matin, fabuleux moment.


7:45

Le "bip bip" incessant du téléphone me sort de mon cauchemar, le même qu’hier où je saute d’un toit avec un lapin entre les bras et où l’on finit tous les deux face contre sol. Intéressant. Il est déjà putain de difficile de se réveiller mais alors avec pour dernière image son propre corps qui baigne dans une marre de sang près d’un lapin en miettes… J’aurais aimé être ce genre de personne qui dès son réveil rêverait de continuer à faire l’amour doucement à ses draps. Ceux-là même qui passent des nuits agréables à baver sur leurs oreillers, entourés d’un cocon formé par la couette.

8:20
Bien entendu j’ai du retard. Et pas qu’un peu. Tant pis ?
Vous ne savez pas où je dois aller de si bon matin. Et bien sachez que moi non plus. Et j’en ai rien à foutre. Je garde le rythme c’est tout, histoire d’avoir un semblant d’emploi du temps.
Alors ma pensée embrouillée accompagne mon corps fatigué vers le miroir pour la tentative numéro 12 605 d’effacement des années de sommeil perdues. Mariage de l’anti-cerne et du fond de teint, avec pour témoins le mascara. Résultat dégueulasse et futur divorce du mascara à cause d’un torrent de larmes que je verserai derrière un mur ou d’un bâillement idiot devant un mauvais film. C’est nul les mariages de toutes façons.

9:07
Retard ultime. Retard total. Le téléphone sonne. Tu crois vraiment que je vais te décrocher ? Aha. (c)Rêve. Je vais poser mon cul deux minutes sur une chaise, ça m’évitera de penser à ma mine absurde et ma face blafarde. Continue de sonner va. J’ai bien fait de choisir une sonnerie douce.
Je vais poser ma tête deux secondes sur le coin de la table et me laisser bercer par le téléphone. Oui. Voilà. Me laisser bercer. Le regard dans le vide je me dis que je devrais sincèrement penser à me bouger, à m’habiller, à partir, à oser et à dire oui.
Mais que neni.
Je ferme les yeux et je débite une liste de mots par ordre alphabétique. C’est mon nouveau système contre l’angoisse.
Agonie Babiole Cachemire Délicat Envie Fable Galerie Hisser Isoler Jour K … K … Oui bon j’abandonne souvent après le K. Oui, mon système à une faille. Ou alors c’est notre alphabet ? Ou peut-être n’ai-je tout simplement pas assez de vocabulaire pour m’apaiser via ce système tout con. Serais-je idiote ?
Bravo mademoiselle, vous venez d’installer dans chacune de vos veines une énorme dose d’inconfort.

9:56
Ca y est, je crois que je ne suis plus seule dans ma caboche. Des personnes s’y invitent encore et encore mettant les autres occupants dans un embarras incroyable et dans une gène physique carrément ingérable. Le manque d’espace tu comprends ? Voilà mon crâne qui ne demande qu’à exploser. Faut croire que ma tête n’est qu’un foutu squat à l’abandon.
C’est fou mais je ne connais aucune de ces personnes errant ici ou là dans mon cerveau. Je ne sais même pas si ce vacarme vient réellement de ma tête ou si je suis là endormie paisiblement sur le coin de ma table avec ce con de voisin qui fait encore des travaux en hurlant à Marcelle, sa femme bien-aimée, si elle peut lui passer le Coca et le tournevis jaune près de l’évier. Je t’en supplie Marcelle, passe-lui le Coca et le tournevis jaune qu’on en finisse avec cette perceuse.

10:18
J’ai parcouru plus de 10km de bruit, faut croire que Marcelle n’a jamais retrouvé le Coca et le tournevis jaune. Gros mal de crâne. Deuxième réveil difficile en une seule et même matinée. Si c’est pas un exploit ça ma bonne dame !
Ces deux réveils passés, je me sens désormais l’âme d’un puissant aventurier. Je me bats contre mon quotidien quand d’autres s’en accommodent sans broncher. Oui. Voilà. Je suis une super-héroïne. Ou une super-vilaine, mais ça c’est moins évident à assumer. J’ai un peu le melon de me dire super-héroïne mais loin de moi l’idée de cracher sur les gens "normaux" que vous êtes tous, ces "Moldus" qui m’entourent, vous, gens de fade saveur, l’ennui dans lequel vous me plongez m’agace au plus au point. Moi, super-héroïne, s’en va prendre deux cachetons de codéine pour m’apaiser, pour pouvoir vous supporter.

10:30
J’ai déposé un tournevis vert devant la porte des voisins et une bouteille de Sprite. J’ai tout faux mais c’est l’intention qui compte non ?
La codéine fait son petit effet et le canapé me fait les yeux doux. Je m’en vais me recoucher. C’est pas bien grave de rater encore une journée. Tristitude.

Prétention triangulaire et tribulations géométriques.

   Depuis un petit moment déjà j’ai remarqué la recrudescence des formes géométriques dans le monde de la mode et du visuel musical : et vas-y que j’te fous des carrés, ronds, triangles, hexagones, pentagones, demi-cercles et autres partout partout partout … A croire que les gens (re)découvrent enfin l’apaisement procuré face à une figure géométriquement stable. Tout y passe. Tes bijoux en toc. Tes fringues. Ton papier toilettes. Les pochettes de tes groupes préférés. Tes culottes. Tes chaussettes. Tes tatouages.

Oui. J’t’avais dit que tes tatouages aussi.

  Tout, je te dis. Tout ! Même mon Amour de chanteur, Dan Black, s’y est mis. Faut dire qu’il a pas attendu 2013 pour s’y mettre hein :

Je me suis donc inspirée de Kelis (la demoiselle aux boucles sauvages) et j’ai décidé que tiens, viens, on va mettre des triangles sur mon visage aussi hein ! Y a pas de raison que seule Kelis ait droit à un troupeau de triangles qui lui tournent autour ou qui se baladent ici et là sur ses jolies joues. By the way. Mon ordinateur est une épave et refuse de faire fonctionner Photoshop. J’aurai tant voulu nouer des liens d’Amitié avec Photoshop … Un jour viendra petite, un jour viendra ! Ces trucs ci-dessous ont donc été réalisé sous PhotoFiltre 7 (et ouais …).
Tu me juges, je te vois. Pardon d’être minable.

 Tribulation triangulaire

Tribulation Triangulaire et sourire narquois 2.0

Misère géométrique.

 

Ps : Dan Black, j’aimerai te voler tout ton talent et ton imagination. Bisou.

I’m blue. Da. Beu. Di. Da. Beu. Da.

Aujourd’hui, des cheveux bleus et des lunettes achetées sur Boutique Vintage.
Be Funky. 

 

 

 

 

Grossir tranquillement.

Grossir tranquillement.

Mug cake nocturne. Remplacer le coeur de caramel par de la banane. Je ne culpabilise pas moins, non.

* la recette est disponible (en anglais) en cliquant sur ma jolie photo filtrée.

Où est Charlie ?

, Hey.
Moi c’est Charlie. Mon prénom peut porter à confusion, mais je suis une nana. Une paire de seins qui tient dans tes mains et un vagin loin de tes reins. Voilà. J’ai tendance à être vulgaire et puissamment froide mais peu m’importe. Faut savoir que la Delphine est gentille, un peu coincée, et tellement naïve (le mot qu’on utilise tous pour ne pas dire "conne" m’voyez) qu’il fallait que je m’invite dans sa petite tête. Tu penses de suite à de la schizophrénie ?
Vois ça comme tu veux.

   Pourquoi suis-je coincée dans cette caboche infernale ? Bonne question. Cette fille a le mérite d’être certes très gentille, mais elle se balade avec un énorme cactus coincé au fond de son croupion. Crois-moi, ça fait mal d’être 1) coincée, 2) avec des épines dans l’anus. Sans moi, cette cruche passerait son temps à allumer des cierges dans les églises en pleurant sur son sort (sort pas si dégueux soit dit en passant) au lieu d’allumer des mecs dans le peu de soirées où elle pose les pieds.

Je la revois au collège, un petit peu sûre d’elle, les yeux dégoulinant de crayon noir trop gras et s’attachant ici et là de quelques phénomènes de son âge. Rien, vraiment rien, ne présageait ma venue quasi constante dans sa vie. Elle vivotait tranquillement et répondait à toutes les emmerdes de la vie par des "Et alors ?" insolents et des sourires métalliques cachés derrière une main couverte d’une mitaine dégueulasse. Elle garde d’ailleurs ce réflexe étrange : barrer son sourire derrière une main, comme si son appareil dentaire réapparaissait à chaque début de fou rire.  Elle est difficile à apprivoiser. Le genre à ne jamais dire merci aux compliments parce qu’elle n’y croit pas. Je m’en contre-carre. La plupart du temps j’y crois pour deux. Puis j’ai beau être grossière, faut pas déconner sur la politesse. Elle a appris à dire merci, comme tout le monde.

  Et là tu te demandes peut-être pas du tout pourquoi je suis restée. J’aurai pu me casser, l’abandonner, la laisser dans sa merde. Oui. Mais. Non. On s’attache à ce genre de personne. Ouais, on peut aussi très vite s’en lasser, tu as raison lecteur. Mais j’ai eu envie de la changer. De la bousculer. De l’emmerder. De la tirer de sa zone de confort.

Me voilà donc, Charlie, une fille, un regard froid, de la sensualité au bout de chaque doigt et une répartie alliant finesse et méchanceté.

  Je n’étais pas souvent présente. Juste quand untel venait lui cracher des mots sur son style ou sa présence. Ou alors vite fait lorsqu’elle n’avait pas lu le poème de Beaudelaire de la page 54 de son édition d’occasion et que le professeur l’avait pointé du doigt pour une analyse d’au moins 3 phrases. Elle perdait pas pied la Delphine lorsque je lui marmonnais des phrases bien tournées pour parler de la tristesse de Charles dans ce poème sans même qu’elle l’ait lu. Bon, faut dire qu’avec Charles et ses Fleurs du Mal , aucune difficulté apparente : monsieur était triste à peu près 90% du temps, ou bourré, ou drogué. Parfois même les trois ! Ah. Ce bon vieux Charles. Le premier a avoir mis des mots sur sa peine. Malheureusement, pas le dernier.

Delphine, ma douce Delphine.

  Elle souriait tristement à son miroir, mais elle savait que ça irait ! J’avais fini par la laisser souffler. J’ai lâché sa main, j’ai baissé la garde. Delphine n’allait ni mal ni bien.
On a décidé ensemble de lui construire une carapace. Un truc ni trop solide ni trop friable. Alors depuis, elle vit avec un plâtre autour du coeur. Elle le signe tous les jours avec des mots doux, des petits dessins, elle y laisse même la marque de ses lèvres maquillées. Des fois je la surprend en train de le gratter avec le bout de son crayon, tentant de l’émietter. La voie de la guérison je pense.

Prenez soin de vous bande de connards.
Charlie .

Ps : bien évidemment ces montages sont affreux, mais HEY, je t’emmerde !